Jeu-thème #3

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Concours de nouvelles

TROISIÈME INDICE

La bonne, Joséphine, une fillette de dix-neuf ans, servante campagnarde à bon marché, qui possédait à l’excès l’air étonné et bestial des paysans, vint ouvrir, referma la porte, monta derrière ses maîtres jusqu’au salon qui était au premier, puis elle dit :

– Il est v’nu un m’sieu trois fois.

Le père Roland, qui ne lui parlait pas sans hurler et sans sacrer, cria :

– Qui ça est venu, nom d’un chien ?

Elle ne se troublait jamais des éclats de voix de son maître, et elle reprit :

– Un m’sieu d’chez l’notaire.

– Quel notaire ?

– D’chez m’sieu Canu, donc.

– Et qu’est-ce qu’il a dit, ce monsieur ?

-Qu’m’sieu Canu y viendrait en personne dans la soirée.

Me Lecanu était le notaire et un peu l’ami du père Roland, dont il faisait les affaires. Pour qu’il eût annoncé sa visite dans la soirée, il fallait qu’il s’agît d’une chose urgente et importante ; et les quatre Roland se regardèrent, troublés par cette nouvelle comme le sont les gens de fortune modeste à toute intervention d’un notaire, qui éveille une foule d’idées de contrats, d’héritages, de procès, de choses désirables ou redoutables. Le père, après quelques secondes de silence, murmura :

-Qu’est-ce que cela peut vouloir dire ?

Mme Rosémilly se mit à rire :

-Allez, c’est un héritage. J’en suis sûre. Je porte bonheur.

Extrait de Pierre et Jean, Guy de Maupassant, 1887.

 

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